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KIERKEGAARD : EN QUOI L’HOMME DE GÉNIE DIFFÈRE-T-IL DE L’APÔTRE ?

Ce petit traité éthico-religieux de 1849 est aussi la première traduction française que nous avons d’un texte de Kierkegaard, une traduction de 1886, et elle fut précédée d’une introduction à son œuvre. Voici un large extrait de cette introduction:

La perspicacité de son esprit critique lui fit pourtant reconnaître que, même là où le christianisme paraissait le mieux établi, la communauté de l’Église actuelle, le culte, et l’état des âmes étaient peu conformes à l’esprit chrétien tel que l’expose le Nouveau Testament.
Par ses réclamations il espérait que persuadés, les supérieurs de l’Église et surtout l’évêque principal se prononceraient. Kierkegaard eût alors consacré toute sa productivité littéraire à défendre l’état actuel, pourvu qu’on reconnût combien on s’était écarté de l’idéal, et qu’on fît de sérieux efforts pour y atteindre.
Ses espérances furent déçues. Il ne trouva aucun appui, ni auprès du clergé, ni auprès de l’évêque. Celui-ci vint à mourir et son successeur, étant un jour en chaire, fit mention du décédé comme d’un «véritable apôtre, nouvel anneau ajouté à la sainte chaîne des martyrs. qui remonte jusqu’aux temps des apôtres». S. Kierkegaard riposta au nom du christianisme, par un article très vif dans un journal réputé. Il faisait valoir que la position et la manière de vivre des pasteurs de l’Église les rendaient peu dignes du nom d’apôtre.
Ses protestations ne trouvèrent aucun écho auprès du clergé qui se refusa à reconnaître, combien les réclamations de Kierkegaard étaient fondées. Dans une suite de pamphlets intitulés: «L’état actuel», Kierkegaard s’attaqua alors impitoyablement et sans trêve à ce qui, selon son dire, était «le christianisme officiel». Il accusait le clergé protestant, et surtout les pasteurs en Danemark «de tourner la chose en plaisanterie». Le clergé pourtant n’accepta point le défi.
Muni de toutes les armes de l’ironie il continua néanmoins cette polémique acharnée pendant toute une année: la mort l’arrêta en novembre 1855.

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En quoi l’homme de génie diffère-t-il de l’apôtre ?

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 En quoi l’homme de génie diffère-t-il de l’apôtre ?

Kierkegaard

Frédéric Lenoir

Dans une interview sur son Christ philosophe, il s’explique à peu près ainsi : les valeurs du christianisme, valeurs d’égalité, de liberté, de fraternité, de justice sociale, ce sont encore les valeurs de la modernité, celles des droits de l’homme, aussi nous sommes dans un christianisme invisible. Ce christianisme est au fondement éthique de notre société. Les philosophes de la Renaissance et ceux des Lumières sont revenus au source du christianisme, aux Evangiles, contre l’église et pour se libérer de l’église, ils ont ainsi conçu cet humanisme chrétien. Pour l’auteur on ne peut pas porter un message sans institution, mais il dira aussi que peu importe la religion celui qui cherche la vérité selon sa conscience est en Dieu.

Un christianisme invisible porterait ce monde moderne, notre culture occidentale ! Dans l’attitude de Frédéric Lenoir je devine un homme qui veut faire plaisir, et déjà parmi nos penseurs chrétiens il y avait une façon de Maurice Clavel qui aimait tant ce plaisir lui aussi lorsqu’il faisait souffler l’Esprit de Dieu sur Mai 68 et d’une autre manière dans la personne de Socrate. Mais faire plaisir à ce point n’est-ce pas proposer le christianisme à un moindre coût ? alors que la vérité chrétienne nous demande de renoncer à ce monde, et de mourir à nous-mêmes ! et renoncer à ce monde, au christianisme qui le porte, à ses valeurs, à l’éthique chrétienne, voilà ce que doit faire le chrétien ! Faire plaisir c’est trop donner à la raison, c’est se soustraire aux difficultés qu’engendre un témoignage vrai, c’est élargir le chemin étroit à l’aide d’immenses travaux de toutes sortes, travaux auxquels contribuent les uns et les autres, par une éthique bien comprise, une sagesse, une religion, ou encore telle production littéraire imposante et facile. Pourtant je ne doute pas que Frédéric Lenoir fut touché par la sympathie du Christ, et lorsqu’un homme me dit qu’il est chrétien je ne retiens que ce mot pour le féliciter.

L’évangile artiste

Que le christianisme regarde l’imitation cela correspond à sa nature ! Pourtant à voir nos églises on veut l’aider en lui donnant des admirateurs, du coup on distribue les invitations et les CD d’un chantre moderne aux portes de l’église. Je ne dirai rien de l’artiste qui dénonce le trafic d’êtres humains, je ne dirai rien du pauvre pasteur qui ne semble pas avoir le pouvoir d’un oui ou d’un non, car c’est plutôt le système qui encourage la chose, les ordres semblent venir d’un milieu qui dit « on peut », d’une administration qui prend les rênes du religieux. Il y a on le sait une fédération, une association, une pastorale, un conseil, et puis il y a ces jeunes, nos enfants, à qui il faut bien faire plaisir, puisqu’on leur souhaite le meilleur, la félicité. Même si pour cela on doit aider le christianisme à progresser, car on voudrait que nos enfants accèdent au Royaume sans les tentations et l’appel de ce monde, aussi on veut leur faciliter le chemin et leur venir en aide, en plaçant les tentations mondaines sur un horizon lointain, quelque chose d’inaccessible, et en posant à proximité de leurs sens une poésie et un art chrétien, qui est aussi du point de vue éternel une tentation, mais notons le une tentation que le clergé permet pour le moindre mal de nos enfants, mais à bien voir cette tentation parodie celles d’un monde, en reprend les éléments, et elle ne fait que jeter celles du monde sur l’horizon. Espérons que de nos enfants pas un seul ne se découvre l’âme d’un aventurier ? Un clergé a jeté le christianisme dans les choses des sens, dans le devenir du monde, dans une esthétique provisoire, pourtant au jour de l’appel c’est au monde que nos enfants devront renoncer, et déjà à leur monde intérieur ! Un christianisme de proximité loin de l’horizon sensuel, se priverait-il d’avaler des âmes ? et que penser de ce tour de force qui nous fait croire en un Christ artiste ? tout ce qui d’ailleurs peut laisser un enfant sur place que ce soit avant ou après l’appel.

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Mais on s’est construit une culture en lisière du christianisme, cette culture grossit depuis des siècles. Elle compte encore intéresser le monde au christianisme par une tentation plus légère qui se trouve dans la représentation culturelle d’un monde chrétien, qui est aussi une récupération des objets relatifs et passagers qui peuvent habiller un Christ. Et en plus cette tentation est devenue pour ce christianisme progressant une porte possible du salut en vue du Royaume, alors qu’en vérité ce Christ artiste si beau qu’il soit est un faux, une idole pensée de la pensée.

La théologie éternelle

L’art et la manière !

L’apôtre demande aux hommes de croire que derrière la personne de Jésus-Christ se cache le Dieu vivant. C’est que la vraie situation se trouve dans l’abaissement du Dieu vivant et dans l’imitation de Jésus-Christ. Mais les hommes préfèrent admirer, ainsi des auteurs volent au secours de Dieu en habillant le Christ de couleurs et de fictions, de cette façon Dieu ne s’est plus tout à fait abaissé et du même coup son Christ nous devient familier.

Mais une situation qui n’exige pas la foi dans un renoncement n’accuse pas l’intelligence, et autrement on croit en pensant sa foi, on se repent de ses œuvres sans renoncer à l’intelligence qui les a toutes conçues. La raison s’économise, voilà tout ! Devant ce Dieu humilié l’homme tout entier doit se retourner, se renier et s’anéantir ! Dieu le premier nous montra le chemin, son chemin, sa croix, son fils. Mais on préfère concevoir les avantages que procure une religion, comme si Dieu allait s’inviter au théâtre pour applaudir les artistes et les comédiens !

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La nature fait l’art, elle est le modèle de l’artiste, de ce créateur qui est lui-même une nature. Là où il y a un corps on trouve une nature ; cette nature se lie à l’intériorité, les deux jouent ensemble ; mais c’est le vivant qui est en jeu. Ainsi l’art et le religieux vont ensemble, et il y aura toujours de l’art dans les mots. Cependant ce n’est pas l’admiration que nous cherchons, mais l’imitation de Jésus-Christ. L’art du fils de Dieu consistait en peu de chose, car c’est dans la faiblesse qu’il fut Dieu !

Martin Luther King

Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs, que l’Éternel Dieu avait faits. Il dit à la femme : Dieu a-t-il réellement dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? La femme répondit au serpent : Nous mangeons du fruit des arbres du jardin. Mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez point et vous n’y toucherez point, de peur que vous ne mouriez. Alors le serpent dit à la femme : Vous ne mourrez point ; mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. La femme vit que l’arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu’il était précieux pour ouvrir l’intelligence ; elle prit de son fruit, et en mangea ; elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d’elle, et il en mangea. Les yeux de l’un et de l’autre s’ouvrirent, ils connurent qu’ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des ceintures. Genèse 3, 2-7

L’antisémitisme et la ségrégation fonctionnent car des imbéciles parlent de la même manière que le diable en Eden. C’est ainsi que des hommes privilégient telle race à telle autre, et que des ignorants raisonnent en noir ou en blanc.

Hitler aurait pu dire aux Allemands : Prenez le monde vous serez comme des dieux ! et on aurait connu la même guerre.

Par contre l’œuvre de Martin Luther King transcende les partis, les religions et leurs églises, car le pasteur noir a provoqué ces personnages qui jouent aux dieux , il a dénoncé l’homme-dieu, le règne du plus fort, et nous a invité au simple devoir d’être des hommes et des serviteurs à la fois.

Dans son livre La force d’aimer il dit : « La mort est inévitable. C’est une démocratie pour tous et non une aristocratie pour quelques-uns : les rois meurent autant que les mendiants, les jeunes meurent comme les vieux et les savants comme les ignorants. Nous ne devons pas craindre la mort. »

Paix à son âme !

 

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Martin Luther King , le 3 avril 1968

Le 3 avril, au Mason Temple (Church of God in Christ, Inc. - siège mondial), King fait le discours prophétique « I’ve Been to the Mountaintop » ( J’ai été au sommet de la montagne ) devant une foule euphorique :
« Ce n’est pas vraiment important ce qui arrive maintenant… Certains ont commencé à… parler des menaces qui se profilaient. Qu’est-ce qui pourrait m’arriver de la part d’un de nos frères blancs malades… Comme tout le monde, j’aimerais vivre une longue vie. La longévité est importante mais je ne suis pas concerné par ça maintenant. Je veux juste accomplir la volonté de Dieu. Et il m’a permis d’aller au sommet de la montagne ! Et j’ai regardé autour de moi, et j’ai vu la terre promise. Je n’irai peut-être pas là-bas avec vous. Mais je veux que vous sachiez ce soir, que nous, comme peuple, atteindrons la terre promise. Et je suis si heureux ce soir. Je n’ai aucune crainte. Je n’ai peur d’aucun homme. Mes yeux ont vu la gloire de la venue du seigneur ! »

 

Memphis, 4 avril 1968, 18h01

 

Il est 18h01, le 4 avril 1968. Martin Luther King est sur le balcon du Lorraine Motel à Memphis, Tennessee, dans le sud des Etats-Unis. Ses dernières paroles sont au musicien Ben Branch : « Ben, prévois de jouer Precious Lord, Take My Hand (Seigneur, prends ma main) à la réunion de ce soir. Joue-le de la plus belle manière ». Ses amis à l’intérieur de la chambre du motel entendent des coups de feu et courent sur le balcon pour trouver Martin Luther King abattu d’une balle dans la gorge. Il est déclaré mort au St. Joseph’s Hospital à 19h05. L’assassinat provoque une vague d’émeutes raciales dans 60 villes des États-Unis (125 au total) qui font de nombreux morts et oblige l’intervention de la garde nationale.

Søren Aabye Kierkegaard (5 mai 1813 - 11 novembre 1855)

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Les premiers témoignages sont toujours intéressants pour comprendre l’homme et son œuvre, car par la suite beaucoup d’auteurs voudront détacher Kierkegaard du christianisme, ce qui est en vérité tout à fait impossible à accomplir. En fait nos modernes s’épuisent en vain dans la caricature. Mais voici ce que j’ai trouvé dans Le Correspondant de 1856, un recueil périodique français de l’époque du philosophe :

Parmi les modernes réformateurs du Danemark, il en est un qui mérite une place à part : nous voulons parler du docteur Sœren Aaby Kierkegaard, mort il y a un an environ. Etranger aux divisions des partis, il portait dans les questions religieuses toute l’ardeur et tout l’enthousiasme de son esprit. Il avait un sentiment profond de la grandeur du christianisme et de la perfection de l’Evangile, et il souffrait de ne pas voir réaliser autour de lui le magnifique idéal qu’il s’en était formé. Ce fut sous cette impression qu’il déclara au Luthéranisme officiel et à ses ministres une guerre incessante et acharnée. Nul n’osa répondre à ses attaques, tant on les reconnaissait fondées ; et, dans les derniers temps de sa vie, une immense popularité s’attacha à son nom. La mort, qui l’a surpris de bonne heure, a laissé son œuvre inachevée ; mais, en parcourant ses écrits, il est permis de croire que, s’il avait vécu davantage, la vérité religieuse absolue aurait conquis cette belle âme qui se sentait étouffer dans l’atmosphère du protestantisme, et qui cherchait un ciel plus pur, plus de lumière et de plus vastes horizons.
Le Correspondant, 1856, dans Bibliographie Allemande.

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